2463634924_8782416ecf_o-1_optCrédit photo : Flickr (Adam Selwood)

Le 21 septembre dernier, à Paris, Parcours France réunissait collectivités locales et médias nationaux autour d’une thématique qui fera également la une de son Salon, le 11 octobre : «Territoires de croissance». Cette deuxième édition du Workshop Presse Parcours France a permis à 7 territoires d’exposer devant la presse les stratégies déployées et les leviers actionnés pour créer ou entretenir localement une croissance soutenue, dans un contexte national et mondial peu porteur et versatile. Parce qu’avant d’être un chiffre abstrait, la croissance économique est le fruit d’initiatives et d’idées, d’innovations et d’investissements, d’une dynamique et d’un écosystème mobilisant entrepreneurs, acteurs publics, organismes professionnels, enseignement et formation…Si la croissance ne se décrète pas, elle peut être détectée, stimulée, orchestrée et accompagnée.

Co-fondateur de Parcours France, Antoine Colson a planté le décor de la croissance en régions, avant de donner la parole aux territoires.

Le dynamisme encourageant des territoires

Force est de constater que l’économie française stagne depuis plusieurs années et qu’aujourd’hui la croissance reprend très timidement, avec un second semestre 2016 décevant. Les prévisions pour 2017 confirment la timidité de cette embellie. La dynamique est insuffisante, au niveau national, pour résorber un chômage toujours très élevé.

Au niveau local, cependant, des dynamiques très positives sont à l’œuvre, avec des chiffres plus optimistes que les statistiques macro-économiques. Il y a en effet une véritable croissance locale et/ou sectorielle, traduite notamment par une progression remarquable de l’emploi salarié. La croissance, aujourd’hui en France, est avant tout une réalité locale.

Mais alors, comment la transposer à l’échelle du pays entier ? Quelles sont les caractéristiques de ces territoires de croissance ? «La diversité prime : il n’y a pas de portrait type du territoire de croissance», explique Antoine Colson. Les zones d’emploi en croissance vont de métropoles régionales comme Montpellier à des territoires ruraux – à l’instar de Mauriac, dans le Cantal – en passant par des villes moyennes – Arles, pour ne citer qu’un exemple.

Les 4 facteurs de croissance à l’œuvre dans les territoires

Les territoires en croissance associent tous quatre leviers, suivant un mix qui leur est propre : montée en gamme de l’industrie locale; investissement dans la matière grise et innovation; développement des services présentiels; innovation sociale. Pour amplifier l’effet de ces quatre leviers, ils ont su créer un écosystème stimulant, avec une coopération poussée entre acteurs locaux, des dispositifs de soutien et d’accompagnement simples et efficaces pour les entrepreneurs, des structures favorisant le partage d’expériences, d’idées et d’innovations : Accro à Strasbourg, Faubourg Numérique à Saint-Quentin, La Turbine à Dunkerque…

La croissance par la montée en gamme du tissu industriel local

«L’industrie en France n’est pas morte, mais traverse aujourd’hui une profonde mutation», rappelle Antoine Colson. En témoigne l’augmentation de la production made in France, parallèlement à une diminution des effectifs, signe de la montée en gamme du tissu industriel. Celui-ci tend à intégrer davantage de services, tels que l’ingénierie – plus de 20 000 emplois créés depuis 2011 – la R&D ou encore l’informatique. Progressivement, les activités de conception et d’ingénierie supplantent celle de production proprement dite. Une transition manifeste, entre autres, à Saint-Quentin, dans l’Aisne, avec la mise en œuvre d’une filière «Robonumérique». «Associant la robotique à l’intelligence numérique, cette filière développe et valorise les techniques robotiques et logicielles applicables au sein du monde industriel, mais également dans les exploitations agricoles, avec par exemple la mise au point de drones effectuant des relevés, au service d’une agriculture de précision», souligne Frédérique Macarez, maire de Saint-Quentin et vice-présidente de la communauté d’agglomération, en charge de la Robonumérique .

Découvrez en vidéo une interview de Frédérique Macarez sur la robotique industrielle et agricole

À Angoulême, la même dynamique est à l’œuvre, autour cette fois des industries de l’image et de l’audiovisuel numérique. Le pôle Magelis réunit sur un même campus 11 écoles ou formations supérieures de l’image – accueillant un milliers d’étudiants – une centaines d’entreprises et associations spécialisées dans l’audiovisuel, 28 studios d’animation et 4 studios son. De quoi créer une émulsion, un bouillonnement créatif et des synergies industrielles qui fabriquent de la croissance. La filière a d’ores et déjà créé 1 000 emplois directs et indirects sur le territoire angoumoisin. «Les expertises du Pôle sont aujourd’hui sollicitées bien au delà des domaines de la communication et de l’entertainment. Le groupe d’industrie navale DCNS, par exemple, développe avec le Pôle – et plus particulièrement avec Imag’in Space – des projets de recherche collaborative portant sur la réalité augmentée et les interfaces homme-machine», souligne Yannick Conseil, Responsable du Pôle Économie, Innovation, Enseignement supérieur et Recherche au GrandAngoulême.

Retrouvez en vidéo François Bonneau, président du pôle Magelis

La croissance par la matière grise et l’innovation

Les territoires de croissance, pour la plupart, ont depuis longtemps investi dans le numérique et l’économie du savoir. Ils bénéficient à plein, aujourd’hui, de la dynamique du secteur et de la vitalité des start-up. L’économie numérique a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de plus de 50 milliards d’euros et créé 12 000 emplois en 2015 (source : Syntec). Selon RégionsJob, elle devrait embaucher près de 46 000 cadres en 2016.

Strasbourg est un exemple parlant.  L’Eurométropole a parié sur la filière Medtech/Biotech dès les années 1990 et en récolte aujourd’hui les fruits. Lancé en 2012, implanté au cœur de la ville, le campus des technologies médicales réunit l’ensemble des acteurs de la filière : hôpital, enseignement supérieur, recherche, start-up, pépinière, biocluster…. Il a d’ores et déjà créé 1 000 emplois, et s’enrichira bientôt d’un technoparc dimensionné pour l’accueil de 50 entreprises et la création de 2000 emplois supplémentaires. «Depuis 2012, les startups medtech/biotech du territoire ont levé près de 100 millions d’euros», précise Robert Herrmann, président de l’Eurométropole strasbourgeoise.

Autre exemple significatif : la Normandy FrenchTech, sur l’axe Caen / Rouen / Le Havre, qui emploie aujourd’hui près de 11 000 personnes, et prévoit d’ici 3 ans l’émergence de 150 nouvelles start-up et la création de 1 000 emplois supplémentaires. Emblématique de cette réussite : Saagie, startup rouennaise spécialisée dans le Big data, dont les solutions d’analyse et de valorisation des données ont conquis les plus grandes entreprises et fait sensation au dernier Consumer Electronics Show de Las Vegas. «Une success story qui a débuté aux Cafés de la création, lieu de rencontre entre créateurs d’entreprise et experts. Puis Saagie a rejoint une pépinière rouennaise avant de voler de ses propres ailes et de se développer de façon exponentielle» explique Guillaume Plançon, chargé de Développement Économique au sein de la Métropole Rouen Normandie.

Découvrez en vidéo les Cafés de la création, à Rouen :

La croissance par le développement des services présentiels

De la santé aux loisirs en passant par les services à la personne, l’économie présentielle – ou résidentielle – est par définition non délocalisable. Elle désigne toutes les productions, services et consommations  de proximité réalisés sur place. Bien moins visible et médiatisée que les «techs» ou  la transition énergétique, l’économie résidentielle n’en affiche pas moins une croissance solide et prolifique en emplois. Un exemple : depuis la crise de 2008, les crèches ont créé autant d’emplois qu’il s’en est détruit dans l’industrie automobile.

C’est pourquoi les territoires de croissance ont choisi de reconnaître, de valoriser et d’accompagner cette économie de proximité. La communauté urbaine de Dunkerque, par exemple, investit dans les services à la personne. En 2016, elle a lancé un dispositif incitatif qui offre à chaque habitant, l’année de ses 70 ans, cinq heures de services à la personne. Une façon de familiariser la population avec cette forme de travail, et de lever les a priori qui pourraient freiner sa progression (voir aussi notre interview de Patrick Vergriete, maire de Dunkerque).

L’économie résidentielle, c’est aussi une valorisation intelligente et diversifiée des ressources locales, au delà de leur usage premier. Le Département des Vosges met ainsi en valeur son patrimoine forestier en y développant un tourisme soucieux de bien-être et de retour aux sources, axé sur la sylvothérapie. Siglé «FORê, l’effet Vosges», le dispositif propose une gamme de produits alimentaires et cosmétiques issus des ressources naturelles du département, ainsi qu’une gamme d’hébergements et de randonnées au cœur des massifs forestiers.

Découvrez en vidéo la politique du territoire vosgien en faveur de la filière forêt & bois

La croissance par l’innovation sociale

Les territoires ne manquent pas non plus d’idées alternatives pour un développement plus juste et plus durable. Strasbourg, par exemple, a engagé une démarche d’économie circulaire, instituant des pratiques collaboratives et l’exploitation par les uns de ce qui est jeté ou inutilisable par les autres.  La métropole a notamment soutenu le développement de l’association Vetis, spécialisée dans la collecte et le recyclage de vieux vêtements. Une activité qui a créé 70 emplois au bénéfice de personnes précarisées. Sous l’impulsion  de différents partenaires (Eurométropole, Idée Alsace, Région…), le territoire a aussi créé des synergies entre les 320 entreprises de la zone portuaire de Strasbourg, afin de mieux gérer et de valoriser en commun les ressources et les déchets.

L’innovation sociale, c’est aussi l’émergence de nouvelles structures et de nouvelles formes de travail, qui substituent au profit privé le bien commun : épicerie solidaire à Saint-Quentin, coopérative culturelle et créative – Consortium Coopérative – à Angoulême, association innovante d’insertion – Entreprendre Ensemble – à Dunkerque…Autant d’initiatives qui créent de l’emploi non délocalisable, resserrent les liens au sein du territoire et le rendent plus créatif, plus autonome, moins exposés aux aléas de la conjoncture nationale et internationale.

Découvrez en vidéo la dynamique ESS à Rouen