Le 21 septembre dernier, à Paris, Parcours France réunissait collectivités locales et médias nationaux autour d’une thématique qui fera également la une de son Salon, le 11 octobre : «Territoires de croissance». Ce workshop presse a permis à 7 territoires d’exposer devant la presse les stratégies déployées et les leviers actionnés pour créer ou entretenir localement une croissance soutenue, dans un contexte national et mondial peu porteur et versatile. Parce qu’avant d’être un chiffre abstrait, la croissance économique est le fruit d’initiatives et d’idées, d’innovations et d’investissements, d’une dynamique et d’un écosystème mobilisant entrepreneurs, acteurs publics,  organismes professionnels, enseignement et formation…Si la croissance ne se décrète pas, elle peut être détectée, stimulée, orchestrée et accompagnée.

La preuve par Dunkerque : président de la communauté urbaine et maire de Dunkerque, Patrick Vergriete explicite le modèle de croissance élaboré par son territoire, à partir d’états généraux de l’emploi local.

Comment créer une croissance locale quand le contexte national/global est peu ou moyennement dynamique ?

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Patrick Vergriete, président de la communauté urbaine et maire de Dunkerque

Patrick Vergriete – Le contexte économique national dépend souvent de la capacité de la France à s’imposer dans la compétition internationale. Une partie de notre économie locale en dépend car il existe une forte corrélation entre les grands groupes et l’environnement macro-économique. Mais il existe des variables, ailleurs que dans les grands groupes industriels, et notamment dans l’économie résidentielle. Le développement de notre station balnéaire, qui capte Lillois et clientèle flamande, en est un exemple. Mais je pense aussi à l’accueil de productions cinématographiques, au tourisme, aux services à la personne. Tous ces secteurs ont une forte valeur ajoutée pour le territoire, créant de nombreux emplois locaux. L’économie résidentielle est donc l’un des piliers qui permet de se distinguer de l’environnement national.

Le deuxième grand pilier qui permet de créer de la croissance, au niveau local, c’est l’anticipation. Nous sommes convaincus qu’il est primordial de préparer l’avenir en identifiant les secteurs porteurs, pour un modèle de croissance à 10-15 ans. Par exemple, le lancement du  projet GRHYD, dédié à la gestion couplée des énergies électrique et gaz naturel via l’hydrogène, devrait nous permettre d’accueillir dans un futur proche des entreprises spécialisées sur ces questions. Pour créer une croissance locale à long terme, nous devons être en capacité de nous positionner sur une filière d’avenir.

Quels sont les leviers actionnés par votre territoire pour créer cette croissance «endogène» ? Les résultats obtenus ?

P. V. – Historiquement, l’économie de Dunkerque repose sur l’industrie de la sidérurgie et de l’énergie. Mais ce modèle de croissance a atteint ses limites dans les années 1990-2000. Nous l’avons donc réinventé, en organisant de grands états généraux de l’emploi  local. Ces états généraux ont abouti à une feuille de route marquée par une volonté de diversification. Nous avons identifié quatre grands leviers pour créer une politique publique créatrice d’emplois.

En premier lieu, nous avons souhaité accompagner nos industries locales dans la transition énergétique et numérique, notamment via la création d’un fonds croissance pour les PME. Nous avons également encouragé le développement de l’activité fret et containers de notre port, désormais entré dans une stratégie de conquête de parts de marché. Le deuxième levier à actionner pour créer de la croissance, c’est celui de l’économie résidentielle. Nous avons déjà abordé le sujet plus haut, je n’y reviens pas. Le troisième axe à renforcer, c’est celui de la culture entrepreneuriale. Dunkerque est très mauvais élève en matière de création d’entreprise. Il n’y a pas sur notre territoire de culture entrepreneuriale. Il faut donc inverser la tendance. Pour cela, à nous de repérer et d’aider les entrepreneurs. Nous avons par exemple créé La Turbine, qui rassemble dans un même lieu différents organismes de soutien à la création d’entreprise. Enfin, le dernier grand levier de notre politique publique pour une croissance locale repose sur la dimension humaine, la solidarité. Face au chômage longue durée, nous avons par exemple déployé le dispositif «Territoire solidaire». En partant du constat qu’il y a aujourd’hui plus de 6 000 chômeurs de plus de deux ans sur notre territoire, et qu’il existe conjointement des besoins non satisfaits qui nous permettraient de vivre mieux : accompagnement des enfants à l’école, visite à des personnes âgées isolées…Aussi avons-nous décidé de créer un fonds basé sur la solidarité pour répondre à ces besoins, tout en remettant le pied à l’étrier à un certain nombre de chômeurs longue durée. Rendez-vous dans un an pour voir combien de Dunkerquois auront joué la solidarité locale !

Crédit photo : Sarah ALCALAY

Quels sont les axes de croissance privilégiés par votre territoire ? Les projets locaux qui vous semblent aujourd’hui les plus porteurs ?

P. V. – À court terme, c’est l’économie résidentielle que nous privilégions pour relancer la croissance locale. À moyen et long terme, nous comptons sur le développement de filières d’avenir et sur la dimension humaine, sociale et solidaire.

Quels sont à votre avis les 3 facteurs essentiels à réunir pour entretenir une croissance durable sur son territoire ?

P. V. – Il faut avant tout réussir à impliquer les acteurs, y compris les habitants, dans la dynamique du territoire. Personne n’est spectateur. Tout le monde a un rôle à jouer. Il s’agit de mobiliser la population car, au quotidien, chaque action contribue plus ou moins au développement de son territoire.

Il faut également tirer avantage de son environnement, de son ouverture au monde et, en premier lieu, à ses voisins. Il est essentiel de ne pas négliger son environnement. Nous sommes par exemple très conscients du caractère transfrontalier de notre territoire. D’autant que  le plein emploi se trouve à 10 kilomètres de chez nous, dans les Flandres. Cependant, notre main d’œuvre ne parle pas néerlandais. Nous avons donc lancé un grand programme d’initiation au néerlandais pendant les Temps d’Activité Périscolaire. Notre environnement immédiat comprend également la métropole européenne de Lille avec qui nous collaborons sur différents sujets. Il ne faut pas s’opposer mais travailler ensemble, intégrer les forces de son environnement.

Enfin, pour entretenir une croissance pérenne sur son territoire, je dirais qu’il faut être innovant, y compris dans les politiques publiques. Nous avons par exemple choisi d’offrir 5 heures d’aide à domicile à des seniors via des chèques emploi service. Ce dispositif rencontre un succès fou. Nous sommes parvenus à dépasser le côté «Je ne veux pas d’un inconnu chez moi». Il faut être innovant, oser et ne pas avoir peur d’oser. Nous avons osé créer une cellule de production cinématographique, à Dunkerque, et là aussi le succès est au rendez-vous !