Événement de référence de l’économie et du business en régions, PARCOURS FRANCE accueillait les 4 et 5 octobre 2018 au Palais Brongniart pour sa onzième édition, plus de 90 territoires venus présenter leurs atouts et opportunités à quelques 1 100 visiteurs : entreprises, entrepreneurs et investisseurs en quête de nouveaux horizons en régions. PARCOURS FRANCE proposait cette année un riche programme d’échanges et d’interventions, avec deux grands débats, une soirée « Top investisseurs en régions en 2018 » et 15 ateliers-filières (biotech, tourisme, industrie du futur, biotech, industries créatives…), proposant chacun une cartographie de la filière et des clés d’entrées business partout en France. Focus sur l’atelier «Comment réussissent les champions des territoires», qui s’intéresse aux Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), moins médiatisées que les startups et les multinationales, malgré le rôle fondamental qu’elles jouent au cœur des territoires, dans l’industrie française, pour la stabilité économique du pays. En partenariat avec le METI.

Intervenants

  • Marie DANCER, Cheffe adjointe du Service Économie au journal La Croix
  • Guillaume RICHARD, PDG Groupe Oui Care et O2 Développement
  • Bruno GRANDJEAN, Président du Directoire de REDEX
  • François ANTARIEU, Associé PwC France pour les Régions et spécialiste des entreprises familiales
  • Alexandre MONTAY, Délégué Général du METI
  • Franck SUPPLISSON, Président de l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing

Quel est le panorama des ETI en France ? Quelles sont les clés du succès en régions ? Quels atouts, quels défis pour une ETI loin de Paris ? Comment une collectivité peut-elle stimuler son développement? Comment font les ETI pour attirer les talents ? Modératrice du débat, Marie Dancer balaye les différentes questions qui se posent au centre de la relation cruciale entre ETI et territoire.

Pour planter le décor, nul n’est sans doute mieux placé qu’Alexandre Montay, délégué général du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI), en charge de promouvoir les ETI et de plaider pour un écosystème compétitif, favorable à leur épanouissement. « L’appellation ETI a été créée en 2008, par la loi de modernisation de l’économie. Il s’agit d’entreprises qui emploient entre 250 et 5000 salariés, dont le chiffre d’affaires se situe entre 50 millions et 1,5 milliards d’euros », rappelle-t-il en préambule. La France compte aujourd’hui 5 800 ETI, dont 68 % ont leur siège social en région. « Notre rôle est de les placer sur le radar des élus, de faire comprendre à quel point elles sont un maillon essentiel du tissu économique régional, à la fois donneurs d’ordre pour des milliers de PME et de TPE, et elles-mêmes sous-traitants de grands groupes », précise Alexandre Montay.

« Pour schématiser, l’industrie est en régions, le service à Paris. Mais il faut aussi que le service soit incité à aller en régions ! »Guillaume Richard, PDG du groupe Oui Care.

Parmi les facteurs facilitants pour une ETI en région, la fiscalité – traduction de la politique d’attractivité mise en place par le territoire – peut certainement constituer une incitation non négligeable. « Notre entreprise familiale était installée à Ivry-sur-Seine. En 1971, elle s’est établie à Ferrières-en-Gâtinais, dans le Loiret, pour répondre à la volonté étatique de décentraliser et bénéficier des aides afférentes. Aujourd’hui, nous avons nos racines dans le Loiret. Nous y vivons en symbiose avec le territoire, en proximité avec les élus locaux », raconte Bruno Grandjean, président de REDEX, une ETI créatrice d’équipements de pointe pour les industries de haute précision, qui emploie 400 salariés pour un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros.

« Montargis fait partie des rares territoires français qui ont placé l’industrie au cœur de leur stratégie. La région parisienne est toute proche. C’est un avantage, ajouté au faible coût foncier, à la qualité de vie, à la densité des infrastructures et à la dynamique locale, pour attirer des leaders industriels »Franck Supplisson, Président de l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing

La fiscalité a également joué un rôle dans l’implantation au Mans du siège social de Oui Care, n°1 français des services à domicile, avec un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros et 17 500 collaborateurs. « Cela n’a pas été le facteur central, mais un élément supplémentaire dans notre décision de quitter Paris. Au Mans, nous sommes implantés dans une zone franche urbaine, bénéficiant d’une exonération de charges et d’impôt. Le coût de l’immobilier, bien moindre qu’à Paris, est un autre atout important. Mais surtout, ce qui a déclenché la décision, c’est le paysage, la qualité de vie. Quand le soir vous rentrez chez vous, c’est comme une maison de vacances : la piscine, le jardin, les vaches…C’est incroyablement plus agréable que le périphérique ! », explique Guillaume Richard, le PDG du groupe Oui Care.

« La France compte 5 800 ETI, dont 68 % ont leur siège en région. Ce sont des entreprises qui portent l’industrie hexagonale, et se caractérisent aussi par leur enracinement, par le lien intime qu’elles nouent avec leur territoire »Alexandre Montay, délégué général du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI)

Fiscalité, immobilier, qualité de vie…Des arguments d’autant plus porteurs qu’ils s’inscrivent dans une dynamique collective et s’enracine dans un tissu économique assez dense. Aucun champion territorial ne pourrait émerger dans le désert. « La notion de filière est primordiale. Je prends un exemple qui me tient à cœur, celui du Grand Sud-Ouest, où la filière aéronautique réunit près de 2000 entreprises et 150 000 emplois, avec tout un écosystème favorable d’écoles et de centres de formations, d’élus locaux, d’associations…L’ensemble crée beaucoup d’échanges d’expertises, de pratiques, installe un comportement vertueux en matière notamment d’investissement et d’innovation », signale François Antarieu, Associé responsable régions chez PwC.

Dans cette dynamique, les collectivités ont un rôle d’entraînement, de catalyseur à jouer. A l’exemple de Montargis, dans le Loiret, qui figure parmi les seuls territoires français à placer l’industrie au cœur de sa stratégie, avec à son actif des succès comme l’implantation de Hutchinson ou de Cegedim. Ou encore la construction d’une usine papetière pour le groupe italien ICT. « C’est le plus grand investissement de ces 20 dernières années dans la région. Nous avons réussi à créer l’usine en 18 mois, du premier coup de pioche à la livraison », témoigne Franck Supplisson, Président de l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing. Pour cet élu, la foi collective peut soulever des montagnes. « Ce qui est primordial, c’est l’esprit commando des collectivités locales ! ».

« Nous avons désormais nos racines dans le Loiret, où nous cumulons beaucoup d’atouts : la qualité de vie de la campagne, aucun embouteillage, un immobilier peu coûteux et d’immenses possibilités d’extension, la proximité de Paris…Nous vivons en symbiose avec le territoire »Bruno Grandjean, Président du Directoire de REDEX

Quant aux facteurs limitants, les participants à l’atelier s’accordent sur une problématique majeure : la nécessité d’attirer des talents, toujours plus de talents, à mesure que l’ETI grandit. Un besoin encore plus important dans le secteur tertiaire, selon Guillaume Richard. « Pour schématiser, l’industrie est en régions, le service à Paris. Mais il faut aussi que le service soit incité à aller en régions ! Et il y a notamment une vraie guerre sur le recrutement des cadres. Dans la Sarthe, nous n’avons que 0,5% des cadres français », souligne le patron du groupe Oui Care, qui a montré l’exemple en s’installant au Mans. Celui-ci multiplie donc les initiatives pour capter les talents. « Par exemple, nous avons acheté une grande maison avec 9 chambres, qui fait office de coloc’ pour nos stagiaires. Quand ils arrivent, ils savent qu’ils pourront emménager avec les autres jeunes de la boîte. Ils n’ont pas à se soucier de trouver un logement », précise le PDG. Le numéro 1 des services à domicile fait également construire un nouveau siège, à 100 mètres de la gare du Mans, pour se rendre encore plus proche des cadres parisiens et élargir son vivier de recrutement, avec des formules associant télétravail et pendularité.

« PwC a créé Let’s Go France, un blog qui donne la parole aux acteurs de l’économie française – entreprises, territoires, associations, salariés, travailleurs indépendants…- pour partager leurs réussites, leurs innovations et faire découvrir de nouveaux talents »François Antarieu, Associé responsable régions chez PwC

La séduction ne doit pas seulement opérer sur le candidat mais aussi sur son conjoint. « Si l’un trouve, il faut que l’autre puisse le suivre en région ! Il faut donc que la collectivité propose une densité et une variété d’emplois suffisante. C’est un travail de longue haleine », remarque Bruno Grandjean, le président de REDEX. Comme les entreprises, les territoires rivalisent d’imagination pour développer leur attractivité auprès des profils recherchés. L’agglomération de Montargis, par exemple, a noué un partenariat avec plusieurs industriels locaux afin de proposer des «formations flash» qui débouchent sur un CDI.

Une initiative prise à l’issue d’une veille des politiques et pratiques d’attractivité déployées ailleurs en France. Pour se distinguer et faire basculer en leur faveur le choix d’implantation d’un investisseur, d’une entreprise, d’un talent, les régions ont appris à positionner leurs atouts et arguments – fiscalité, immobilier, qualité de vie, infrastructures… – par rapport à leurs «concurrentes» françaises et européennes. « Il faut avoir les pieds dans le territoire et la tête dans la mondialisation », conclut Bruno Grandjean.

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