Crédit photo : Tien Tran

Crise du lait, crise de la viande, crise des éleveurs, effondrement des cours du porc…L’agriculture française apparaît souvent, dans le débat public et les média, au travers du prisme catastrophiste. Sans minimiser ses difficultés ni les situations dramatiques vécues par de nombreux producteurs et paysans, l’agriculture française reste cependant une force économique de premier ordre, et dans sa globalité affiche de robustes résultats. En 2015, elle a dégagé un excédent commercial de 9 milliards d’euros, soit trois fois plus que la pharmacie. Seuls l’aéronautique et la parfumerie-cosmétique-chimie ont fait mieux. C’est qu’au sein d’un ensemble agricole très hétéroclite, beaucoup parviennent à tirer leur épingle du jeu, soit – comme les céréaliers ou les sucriers – en maîtrisant l’arme des volumes face à une concurrence mondialisée et indexée sur les cours boursiers, soit en misant sur une production à forte valeur ajoutée et/ou sur des marchés de niche. Parcours France a visité certains de ces oasis de prospérité agricole.

La cinquième partie de notre dossier est consacrée aux champions en herbe de l’agriculture numérique.

Le numérique est partout, jusque dans l’agriculture, où germent une myriade de start-up prometteuses, dans tous les domaines : financement participatif, robotique, monitoring, économie du partage, santé…Gros plan sur 5 de ces pépites régionales, qui mettent les technologies interactives au service des métiers de la terre et préfigurent une ferme connectée.

MiiMOSA : le crowfunding est dans le pré

slider_opt (1)Exemple d’un projet soutenu par Miimosa en centre Bretagne

MiiMOSA est la première plateforme de financement participatif exclusivement dédiée à l’agriculture et à l’alimentation. Son fondateur, Florian Breton, natif du Roussillon et petit-fils de viticulteur, a marié les révolutions technologiques de sa génération – il est âgé de 33 ans – et la mémoire vive de ses racines. Créée en 2014, MiiMOSA s’adresse prioritairement aux petites et moyennes exploitations agricoles qui éprouvent des difficultés à se financer. «Lorsque nous avons eu l’idée de MiiMOSA, fin 2013, et au moment où nous avons lancé le site, un an plus tard, la question du financement des filières agricoles et alimentaires n’était pas aussi médiatisée qu’aujourd’hui ! L’agriculture familiale, qui représente 40% des exploitations, constitue le segment le plus fragile des entreprises du secteur. Elle est notre cœur de cible. Il faut savoir que 26% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté, et 40% ont un salaire inférieur au SMIC», explique Florian Breton. Les projets présentés sur le site par les agriculteurs, en quête de financement, constituent autant d’échantillons des besoins et du quotidien du monde rural : financer un moulin à huile d’olive, acquérir des colonies d’abeilles, investir dans une serre professionnelle pour un maraîchage bio…Comme sur la plupart des sites de crowdfunding, les donateurs reçoivent des contreparties en nature : un séjour à la ferme, un panier garni de produits de l’exploitation, un étiquetage mentionnant leur générosité sur lesdits produits…En plus d’un financement, les agriculteurs trouvent sur MiiMOSA l’opportunité de fédérer une communauté active autour de leur projet et de développer la notoriété de leur exploitation. «Les plates-formes globalisées peuvent noyer les projets dans la masse. Nous apportons de la visibilité et portons une audience qualifiée puisque nos contributeurs veulent spécifiquement soutenir l’agriculture», précise Florian Breton. Au total, MiiMOSA a d’ores et déjà accompagné près de 300 porteurs de projet et collecté plus d’1.5 million d’euros.

Naïo Technologies : la robotique au service de l’agriculture durable

Robot Oz, créé par Naio Technologies. Crédit photo : Tien Tran

Créée par deux jeunes ingénieurs, Gaëtan Séverac et Aymeric Barthes, la start-up toulousaine Naïo Technologies conçoit des solutions robotiques pour une agriculture durable et respectueuse de l’environnement : robots de désherbage, bineuse électrique, robot enjambeur viticole, capteur de surveillance agricole… Dernier né de la gamme Naïo : Oz, un robot guidé par laser, dont les performances de désherbage et de binage automatisé déchargent le cultivateur des tâches les plus fastidieuses et rendent inutile l’emploi de produits chimiques.

En décembre 2015, Naïo Technologies a levé 3 millions d’euros auprès des investisseurs, avec l’objectif de mettre sur le marché, à moyen terme, une cinquantaine de robots. La start-up prépare notamment, en collaboration avec l’Institut Français du Vin, la sortie d’un robot destiné au désherbage mécanique de la vigne. «Nos clients sont principalement des maraîchers, mais aussi des horticulteurs et des pépiniéristes. Nous les aidons à désherber mécaniquement, en gagnant du temps, en réduisant la pénibilité du métier et en faisant l’économie des pesticides», précise Gaëtan Séverac, directeur général de la société.

Naïo Technologies emploie 11 personnes, pour un chiffre d’affaires de 340 000 euros en 2015. Ce chiffre d’affaires devrait tripler en 2016, pour atteindre un million d’euros.

Biopic : la vache connectée !

Créée à Caen en 2011, Biopic conçoit des puces électroniques intelligentes, implantées dans le corps de l’animal d’élevage afin de suivre différents paramètres physiologiques afférents à sa reproduction et à sa santé. A ces implants intelligents est associé un dispositif de monitoring – le Farm Cloud Service – qui offre à l’agriculteur un système d’information et d’alerte en temps réel, par sms ou internet, portant sur les événements déterminants pour la qualité de son élevage : chaleur, ovulation, gestation, trouble de la santé, émissions de méthane…A la tête de l’entreprise : Frédéric Roullier, diplômé en physique quantique et en microscopie acoustique, aujourd’hui éleveur de charolaises dans le Calvados. «A la fois chef d’exploitation agricole et physicien, j’ai été confronté à une mauvaise rentabilité de mon exploitation, en raison de mes absences répétées. J’ai alors imaginé un système de monitoring à distance et automatique. C’était le début de l’aventure Biopic», précise Fréderic Roullier.

Biopic garantit ainsi à l’éleveur un gain de temps important, une augmentation de la rentabilité de l’élevage et une limitation de l’emploi de produits vétérinaires. « Nous répondons aux problématiques des éleveurs : la prévention  des problèmes de santé et des événements de la reproduction. Auparavant détectés à l’œil nu, au prix d’une présence continuelle des éleveurs, ces événements peuvent être aujourd’hui anticipés par nos puces», ajoute Fréderic Roullier.

Le modèle économique est calqué sur celui de la téléphonie, avec des formules d’abonnement mensuel par animal. La start-up vise prioritairement le marché de l’élevage bovin, mais compte aussi positionner ses puces auprès des éleveurs de chiens, de chevaux, ainsi que des apiculteurs.

L’Union Européenne, avec ses cheptels totalisant plus de 80 millions de bovins, représente un immense potentiel. «Mais nous voulons faire les choses dans l’ordre et réussir d’abord en France, avant de regarder au delà des frontières», nuance Frédéric Roullier.

Airinov: leader du drone en agriculture

Airinov est le fruit d’une rencontre entre Romain Faroux, fils d’agriculteurs, Florent Mainfroy et Corentin Chéron, passionnés de drones tous deux issus de la même école d’ingénieurs : l’ESIEA (École Supérieure d’Informatique, Électronique, Automatique). C’est en 2010, dans la grange de la propriété des parents de Romain Faroux, exploitants agricoles en Poitou-Charentes, que l’aventure commence. A l’époque, il n’y a ni drone, ni capteur, ni modèle agronomique, ni législation. Mais l’intuition que le drone pourra bientôt apporter une aide précieuse aux agriculteurs. « Romain avait perçu chez les agriculteurs le besoin de suivre plus efficacement leurs cultures, et pensait à juste titre que les drones pouvaient les y aider », résume Florent Mainfroy. Des informations qui vont permettre de connaître les besoins précis et les bons dosages en engrais et eau, par exemple.
Aujourd’hui, les modèles produits par Airinov offrent aux agriculteurs une surveillance ultra-fine de leurs parcelles, en vue d’augmenter les rendements. «Grâce à ses capteurs, l’agridrone donne des informations sur la richesse en azote, le niveau d’hydratation, les carences en minéraux etc.”, détaille Romain Faroux. Le drone établit ainsi une cartographie complète de l’exploitation et de ses besoins. L’exploitant peut alors ajuster au plus près la dose nécessaire d’engrais, d’eau et de substances chimiques. D’où de substantielles économies, un rendement optimisé et une du risque de pollution. «Les agriculteurs sont soumis à une réglementation très stricte, qui les incite à minimiser leurs apports en engrais et en pesticide. Notre outil leur permet de répondre à cette exigence en leur fournissant un diagnostic précis de leurs sols cultivables avec des préconisations», explique Florent Mainfroy.

Airinov compte aujourd’hui 5 000 clients agriculteurs, plus de 10 000 vols de drones et affiche un chiffre d’affaire d’1,4 million d’euros. Voici, en vidéo, une présentation détaillée de la société :

WeFarmUp : le AirBnB du tracteur

Céréalier lot-et-garonnais, Laurent Bernede fait un jour ce constat : le prix des moissonneuses batteuses a doublé en 20 ans et des milliers d’engins agricoles ne sont utilisés que quelques semaines par an. Il crée alors, en octobre 2015, WeFarmUp, une plateforme de partage de matériel agricole. Sur son site, WeFarmUp propose une location d’engins agricoles entre professionnels.
Les agriculteurs propriétaires peuvent ainsi obtenir des revenus supplémentaires de leurs machines, au lieu de les laisser inemployés sous le hangar plusieurs mois par an. Et les paysans locataires ont accès à une large gamme de matériels, à des prix défiant toute concurrence. «Avec WeFarmUp.com, nous intégrons les potentialités d’internet pour créer l’entraide 3.0 entre agriculteurs. Il n’y a pas que les agriculteurs qui peuvent espérer mieux rentabiliser leurs investissements. WeFarmup.com sera aussi très utile aux entrepreneurs du territoire, aux Cuma ou à tout autre acteur disposant d’un matériel sous utilisé. C’est intéressant sur le plan économique aussi bien qu’environnemental», souligne Laurent Bernede. En quelques mois d’existence, WeFarmUp a conquis 600 agriculteurs.

Voici en vidéo le mode d’emploi WeFarmUp :