Événement de référence de l’économie et du business en régions, PARCOURS FRANCE accueillait les 4 et 5 octobre 2018 pour sa onzième édition, plus de 90 territoires venus présenter leurs atouts et opportunités à quelques 1 100 visiteurs : entreprises, entrepreneurs et investisseurs en quête de nouveaux horizons en régions. PARCOURS FRANCE proposait cette année un riche programme d’échanges et d’interventions, avec deux grands débats, une soirée « Top investisseurs en régions en 2018 » et 15 ateliers-filières (biotech, tourisme, industrie du futur, biotech, industries créatives…), proposant chacun une cartographie de la filière et des clés d’entrées business partout en France. Focus sur l’atelier « Rencontre avec ces pépites Tech qui ont réussi en régions », au cours duquel plusieurs jeunes dirigeants d’entreprise ont explicité les conditions et les ressorts d’une success story loin de Paris. En partenariat avec France Digitale.

Intervenants

« Ce n’est plus aux régions mais plutôt à Paris de se poser la question de l’attractivité »

« L’écosystème tech et numérique est beaucoup plus décentralisé qu’on ne le croit. Quelles sont les (bonnes) raisons, pour une entreprise innovante, de se développer en régions ? », s’interroge en préambule Adrien Chao, business designer chez France Digitale et modérateur de l’atelier. Qu’il s’agisse de Quantum Surgical, de Klaxoon, d’OVH ou encore de Hellowork, toutes les entreprises présentes s’accordent à dire que les régions proposent aujourd’hui des écosystèmes très propices à l’innovation et à l’éclosion d’une start-up. « Notre environnement et notre écosystème, à Rennes, nous permettent de fidéliser nos équipes de développement. Ils apportent un réel équilibre entre l’investissement professionnel et la qualité de vie, avec pour effet un fort engagement de la part de nos collaborateurs. C’est un vrai élément d’attractivité : à la fois pour faire venir des personnes qui travaillent en Île-de-France et pour conserver ou attirer des talents issus du bassin rennais », souligne David Beaurepaire, directeur délégué de Hellowork (auparavant RegionJobs), société fondée en 2000, aujourd’hui l’un des leaders français des sites d’emploi en ligne et de l’accompagnement professionnel.

Fondateur et CEO de Klaxoon, entreprise rennaise spécialisée dans les espaces collaboratifs et les réunions interactives, Matthieu Beucher insiste également sur l’importance fondamentale de la qualité de vie dans l’attractivité d’une entreprise. Et cite un levier de motivation souvent oublié des manuels de management : « 40 % de nos salariés ont un jardin ! ». Le dirigeant de Klaxoon, élue 5e entreprise française où il fait bon vivre dans le palmarès Great Place to Work, rappelle un autre atout déterminant des écosystèmes régionaux : un immobilier professionnel et personnel beaucoup plus accessible et moins coûteux qu’en région parisienne.

« Les investisseurs américains se concentrent sur la qualité intrinsèque et les perspectives de développement de la société, qu’elle soit installée à Paris, Perpignan ou Roubaix »Grégoire Kopp, conseiller en communication d’Octave Klaba, fondateur et président d’OVH


Un levier plus particulièrement décisif pour tous les startuppers en passe de quitter le garage ou l’appartement originel et de rejoindre leurs premiers « vrais » locaux. « Quand j’ai lancé mon entreprise à Rennes, en 2009, j’avais très peu de moyens, juste 4000 euros. L’équipe fondatrice a pu emménager assez vite dans des locaux à un prix très abordable. Aujourd’hui Klaxoon existe dans 120 pays, emploie 200 personnes à Rennes et 50 à Lyon« , indique Mathieu Beucher.

L’émulation créative, la vitalité de la R&D et d’un environnement innovant constituent un autre facteur-clé de réussite mis en avant par les entrepreneurs en régions. Loin, très loin des clichés du « trou provincial où deux PME se battent en duel ». Les collectivités récoltent ici les fruits d’un investissement patient et régulier dans les pépinières, incubateurs et autres accélérateurs, parallèlement à une structuration de leur économie autour de pôles, clusters et filières d’excellence. Une stratégie couronnée, sur de nombreux territoires, par une labellisation French Tech.

« Le choix de Montpellier s’est imposé comme une évidence. Faute d’histoire industrielle, la ville a misé très tôt sur l’innovation. Elle possède, à mon sens, le meilleur incubateur au monde, le Business Innovation Center (1). Elle a été l’une des premières métropoles à décrocher le label French Tech. Et elle offre un écosystème de santé extrêmement développé et stimulant », énumère Bertin Nahum, fondateur de MedTech, société spécialisée dans les robots chirurgicaux – acquise en 2016 par l’américain Zimmer Biomet – et plus récemment de Quantum Surgical, qui développe un traitement mini-invasif du cancer du foie.

« A Rennes, nous trouvons un réel équilibre entre investissement professionnel et qualité de vie, avec pour effet un fort engagement de la part de nos collaborateurs »David Beaurepaire, directeur délégué de Hellowork

Même écho chez Klaxoon, placée aux premières loges de la métamorphose digitale en métropole rennaise. « Nous avons réalisé tout le développement de nos produits à Rennes. Au départ, la région était plutôt axée sur l’industrie lourde, moins en pointe sur la révolution internet. Mais ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Labellisée French Tech, Rennes Saint-Malo accueille beaucoup de jeunes entreprises innovantes, au sein d’un écosystème qui tire tout le monde vers le haut. Nous venons par exemple de signer un partenariat avec l’Université de Rennes 1 pour le déploiement de nos outils collaboratifs auprès des étudiants comme des enseignants et l’expérimentation de nouvelles pratiques pédagogiques », relève Matthieu Beucher.

Quatrième fertilisant des jeunes pousses tech en régions : la qualité des infrastructures, qui leur permet de rallier aisément Paris, et au delà tous les territoires, en France et à l’international, que cible leur stratégie de développement. « Nous sommes de grands adeptes du TGV, qui emmène très fréquemment nos équipes de développeurs et de commerciaux à Paris. Et de plus en plus, après l’acquisition de la société bordelaise Jobi Joba, sur tout l’arc atlantique. Aujourd’hui, nous enclenchons une phase de croissance en Europe. Nous allons devenir des clients assidus de l’aéroport de Rennes, qui dessert toutes les grandes métropoles européennes », témoigne David Beaurepaire (Hellowork).

« Quand j’ai lancé mon entreprise à Rennes, en 2009, j’avais très peu de moyens, juste 4000 euros. L’équipe fondatrice a pu emménager assez vite dans des locaux à un prix très abordable. Aujourd’hui Klaxoon existe dans 120 pays » – Mathieu Beucher, fondateur et CEO de Klaxoon

En tant que virtuoses de la technologie, nos pépites régionales ne se contentent pas de déplacements physiques. Leader européen du stockage de données et du cloud, fondé en 1999 à Roubaix, OVH abolit les distances avec un dispositif avancé de télétravail. « La société met à disposition de ses collaborateurs un second écran, avec visioconférence intégrée, qui les connecte au monde entier. Ils peuvent ainsi travailler en home office et trouver leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Cette qualité de vie est un vrai argument de recrutement et d’attraction des talents », explique Grégoire Kopp, conseiller en communication d’Octave Klaba, le fondateur et président d’OVH.

Cinquième facteur d’épanouissement hors de la capitale : l’appétit croissant des investisseurs pour des écosystèmes régionaux désormais bien structurés, bien « marketés », où il est peut-être plus facile qu’à Paris d’identifier de potentielles licornes et futurs champions technologiques. « Honnêtement, il y a 4 ou 5 ans, les investisseurs pouvaient encore hésiter. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout un problème. Nous venons par exemple de lever 50 millions d’euros pour financer la croissance de Klaxoon », détaille Matthieu Beucher.

« Le choix de Montpellier s’est imposé comme une évidence. La ville a misé très tôt sur l’innovation. Elle possède, à mon sens, le meilleur incubateur au monde (1). Labellisée French Tech, elle offre un écosystème de santé extrêmement développé » – Bertin Nahum, fondateur et président de Quantum Surgical

Même dynamique chez OVH, le leader européen du cloud, très fier de son ancrage roubaisien, qui a levé 400 millions d’euros, en 2017, auprès de banques majoritairement américaines. « Les investisseurs américains se concentrent sur la qualité intrinsèque et les perspectives de développement de la société, qu’elle soit installée à Paris, Perpignan ou Roubaix », remarque Grégoire Kopp.

Aucun des entrepreneurs participant à l’atelier ne songerait aujourd’hui à localiser son siège en région parisienne. Tous réfléchissent en termes de marché mondial, et à cette échelle une distance de quelques centaines de kilomètres, par rapport à la capitale, fait très peu de différence. « Le marché, ce n’est pas la France, c’est le monde entier », résume Bertin Nahum. Pour un peu, nos pépites régionales se poseraient plutôt la question de l’attractivité parisienne. « Nous avons mené, en 2018, une grande étude sur les désirs de mobilité professionnelle. Il en résulte que la seule région dont les gens veulent partir, c’est Paris ! Près de 6 franciliens sur 10 cherchent un emploi dans une autre région », conclut David Beaurepaire.

(1) Le BIC est classé 2e meilleur incubateur au monde par l’organisme international UBI Global

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A la une : Les Trophées #LetsgoFrance 2019

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